Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
Centre d'études de l'Inde et de l'Asie du sud

Amélie Blom

Doctorante associée (Sciences Po)

Jihadisme, Etat et société au Pakistan: une sociologie politique de la sous-traitance de la guerre

  • Directeur de thèse : Christophe Jaffrelot

  • École doctorale : Sciences Po. – Science politique

  • Année d’inscription : 2010

Résumé de la thèse

La spécificité de la progression du jihadisme, comme pratique et comme idéologie, au Pakistan est qu'il résulte principalement d'une décision des forces armées consistant à sous-traiter à des groupes islamistes armés la guérilla au Cachemire à partir de 1990. Ceux-ci, apparus à la faveur du "jihad afghan" contre les Soviétiques mais alors numériquement marginaux, se voient désormais chargés de la mère de toutes les causes patriotiques: la libération du Cachemire. Les milices jihadistes gagnent du coup en puissance, en ressources et en capacités organisationnelles. Pénétrant la société pakistanaise dans leur effort de recrutement de "chair à canon", elles lui imposent également leurs croisades morales.

Le Pakistan n'est certes pas un cas unique dans le monde musulman. Il peut être utilement comparé à l'Iran (qui recourra aux Bassidjis dans sa guerre contre l'Irak), à la Syrie (déléguant au Hizbullah sa guerre contre Israël), ou encore à l'Algérie (soutenant le Front Polisario au Sahara Occidental). Toutefois, peu d'Etats dotés d'une armée puissante (ce qui n'était pas le cas de l'armée iranienne post-révolutionnaire, par exemple) ont recouru de façon aussi systématique et récurrente à des irréguliers pour faire la guerre. Peu ont également encouragé des milices basées sur leur propre territoire, ce qui distingue le Pakistan de la Syrie et de l'Algérie. Peu ont, enfin, confié l'entière responsabilité du recrutement et de l'endoctrinement à des forces idéologiquement autonomes et dont les activités annexes (économiques, éducatives, caritatives) échappent à tout contrôle de l'Etat, ce qui différencie les jihadistes pakistanais des Bassidjis iraniens.  

Sans nier l'intérêt de l'approche géostratégique, cette thèse analyse le jihadisme au Pakistan avec les outils de la sociologie politique qui aident à expliquer les mécanismes permettant à des milices armées de se déployer dans un Etat en formation. Les différents axes de recherche retenus sont: la socio-genèse et la nature clientéliste de la collaboration entre l'armée et les milices jihadistes; la spécificité sociologique des milices jihadistes (mouvements religio-militaires dirigés par une classe de guerriers vivant tout à la fois au sein et en marge de la société, et producteur d'une idéologie et d'une sous-culture originales); les mutations socio-économiques et politiques qui ont favorisé la banalisation du phénomène jihadiste dans la société pakistanaise; les propriétés communes du recrutement jihadiste et les facteurs biographiques qui conduisent à la radicalisation individuelle; le processus de délitement du jihadisme originel depuis le milieu de la décennie 2000.

Jihadism, state and society in Pakistan: A political sociology approach to sub-contacting war

Jihadism, as a practice and as an ideology, has progressed in Pakistan after the regular army decided, in the late 1980s, to delegate the guerilla in Kashmir to Islamist armed groups. These groups, a numerically marginal legacy of the anti-Soviet "jihad" in Afghanistan were now in charge of the mother of all patriotic battles: the liberation of Kashmir's disputed territory. They hence managed to gain multidimensional resources and organizational capacities, and, as importantly, to penetrate the society. While recruiting foot soldiers, they also imposed their own moral crusades.

Pakistan is certainly not an isolated case in the Muslim world. Iran has subcontracted its war against Iraq to the Bassijis, Syria used the Hizbullah in order to fight Israel, and Algeria helped the Polisario Front in Western Sahara, for instance. Yet, and contrary to the Pakistani state, these countries avoided promoting ideologically autonomous militias in their own territory, letting them fully in charge of the recruitment and indoctrination processes as well as of diverse extra-military activities (in the commercial, educational and humanitarian sectors).  Without neglecting a geostrategic reading, my dissertation explores Jihadism in Pakistan with the analytical tools of Political Sociology. In this regards, the following themes are explored: the socio-genesis and the clientelist nature of the initial collaboration between the army and Jihadist militias; the sociological specificity of these militias (military-religious movements, headed by a class of warriors living within, yet in the margin, of society, and producing an original ideology and sub-culture); the socio-economic and political mutations that have encouraged the banalization of Jihadism in some sectors of Pakistani society; the common social properties of Jihadist recruits as well as their unique biographical trajectories; the processes that have made the original Kashmir-focused Jihadism declined since the mid-2000s.  

 

Publications (sélection)

À paraitre

  • « Le (non) passage à la violence auto-sacrificielle. Trajectoires de martyrs manqués au Pakistan », Revue Française de Science Politique

  • « Changing Religious Leadership in Contemporary Pakistan. The Case of the Red Mosque », in M. Bolognani et S. Lyon (eds.), Pakistan and its Diaspora: Multidisciplinary Approaches, Palgrave-McMillan

  • La réislamisation des jeunes en Inde et au Pakistan : Trajectoires intimes et militantes (avec A. Mohammad-Arif),  IISMM-Karthala

Ouvrages (en co-rédaction)

  • The Enigma of Islamist Violences (avec L. Bucaille et L. Martinez), New York, London: Columbia University Press, Hurst, 2007, 195 p.

  • Théorie des Relations Internationales (avec F. Charillon), Paris: Hachette, 2000, 200 p.

Chapitres dans des ouvrages collectifs

  •  « Le Hizb-ul-Mujahidin du Cachemire: Imaginaires miliciens et clientélisme », in L. Gayer et C. Jaffrelot (dir.), Milices armées d'Asie du Sud. Privatisation de la violence et implication des Etats, Paris, Presses de Sciences Po., 2008, pp. 153-176 (translated in: Armed Militias of South Asia. Fundamentalists, Maoists and Separatists, Hurst, Columbia University Press, 2009)

  • « Kashmiri Suicide Bombers: Martyrs of a Lost Cause », in A. Blom, L. Bucaille & L. Martinez (eds.), The Enigma of Islamist Violences, London: Hurst, 2007, pp. 71-88

  • « The 'Multi-Vocal' State: The Policy of Pakistan on Kashmir », in C. Jaffrelot (ed.), Pakistan. Nationalism without a Nation?, London: Zed Books, 2002, pp. 283-310

  • « Les partis islamistes au Pakistan à la recherche d'un second souffle », in C. Jaffrelot (dir.), Le Pakistan, carrefour de tensions régionales, Bruxelles: Complexe, 1999, pp. 99-115

  • « Towards Global Belongings? Interpretive Communities, Minorities and Protests Against The Satanic Verses », in A. Geddes & A. Favell (eds.), The Politics of Belonging, Avebury: Ashgate Publ., 1999, pp. 192-208

Articles

Entrées dans des dictionnaires et annuaires

  • « Les villes, foyers d'inégalité et de contestation au Pakistan », in La fin d'un monde unique. L'Etat du Monde 2011 (B. Badie et D. Vidal dir.), Paris, La découverte, 2010, pp. 289-295

  • « Farid al-Din Masud Ganj-i-Shakar », « Ghamidi, Javed Ahmad », « Ghulam Azam », « Nusrat, Fateh Ali Khan », in The Oxford Dictionary of Islam (J. Esposito ed.), New York: Oxford University Press, 2003, pp. 82, 93, 95, 237



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Colloque international, jeudi 30 mai 2013 au musée du quai Branly

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Sumit Guha
Professeur d’histoire - Rutgers University, Directeur d’études invité à l’EHESS en mars 2013

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