Membres | Doctorants associés

Lola Salès

Doctorant(e)
Discipline : Géographie
Institution(s) de rattachement : Université Paris Ouest Nanterre la Défense

Coordonnées professionnelles

lola-sales[at]live.fr

Directeurs de thèse : Frédéric Landy

École doctorale : Paris 10 - Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent

Année d’inscription : 2013

 

La rue à l’épreuve du commerce informel : Le cas de l’occupation conflictuelle des espaces publics par les vendeurs des rues à Mumbai, Inde

 

Depuis les réformes économiques des années 1990, les activités informelles, dont le commerce incarne l’aspect le plus directement visible, représentent en Inde une part de plus en plus importante des économies urbaines (S.K. BHOWMIK, 2000, 2011)[1]. En effet, par leurs activités omniprésentes, par leurs modes d’occupation de l’espace, par leurs réseaux, leur mobilité et leurs pratiques concrètes de la ville, ces vendeurs de rue s’affirment comme des acteurs majeurs de la production de l’urbain. Le rétrécissement du secteur formel, notamment du secteur industriel à Mumbai, ainsi que dans de nombreuses métropoles indiennes, a poussé une partie des travailleurs vers l’informalité. Ainsi, le commerce informel fait vivre directement et indirectement un très grand nombre de résidents urbains, tout en fournissant quotidiennement des services essentiels à la population.

Ce commerce constitue donc un élément important de l’expérience commune des citadins de Mumbai. Cependant, dans les discours et les politiques d’aménagement et de régulation de l’espace urbain, cette activité apparaît comme de plus en plus incompatible avec l’image d’une ville mondiale. Ainsi les vendeurs des rues, tout comme les habitants des slums, sont devenus le symbole de l’absence de contrôle du territoire urbain par les pouvoirs publics (A. RAJAGOPAL, 2001)[2], portant préjudice à l’image de Mumbai, qui tente de s’affirmer de plus en plus comme une grande métropole mondiale (S. BANERJEE-GUHA, 2002)[3].

Dès lors, les vendeurs des rues, appelés aussi hawkers, apparaissent au cœur des conflits portant sur l’espace public (J.S. ANJARIA, 2006)[4], ces derniers pouvant se manifester de manière plus ou moins violente. Nous assistons ici à la confrontation de plusieurs représentations de cet espace. Pour les uns, il représente un lieu de travail, un lieu de vie et une ressource économique essentielle. Pour les autres, il doit être avant tout un espace à valoriser, permettant la circulation, un espace de récréation, de flânerie, voire de consommation (ces dernières représentations pouvant elles-mêmes entrer en contradiction). Par ailleurs, pour nombre d’acteurs, l’espace public représente une « rente spatiale » informelle, créée par des pratiques corruptives, notamment pour les pouvoirs municipaux qui prélèvent une « taxe » sur les activités des rues rendues illégales, mais également pour d’autres types d’acteurs exerçant un contrôle officieux sur l’espace.

En 2014, une nouvelle loi pour la défense des droits des vendeurs des rues a été adoptée par le gouvernement central (Street Vendors Act), reconnaissant la légitimité et la légalité de leurs activités et mettant en place de nouveaux dispositifs participatifs intégrant ces vendeurs à la gouvernance des espaces publics. Mais à ce jour, la régulation de l’activité informelle s’organise à l’échelle locale et la municipalité de Mumbai (BMC) semble adopter une attitude très répressive envers les vendeurs qui, en grande majorité, ne possèdent pas de licence. De surcroît, la multiplication des associations de résidents pour la défense des espaces publics, constituant de nouvelles instances de pouvoir pour les classes moyennes et supérieures (M.-H. ZERAH, 2007)[5], apparaissent très actives dans les politiques d’éviction des vendeurs des rues. Par ailleurs, l’organisation des vendeurs informels en syndicats et en associations est un phénomène qui prend de l’ampleur, redéfinissant les stratégies de mobilisation de la notion de justice et de droit et les processus de territorialisation précaires de ces acteurs dans l’espace public.

Dans ce travail de recherche, il s'agit donc de voir comment les activités informelles s’organisent dans l’espace et en quoi elles contribuent à reconfigurer ces espaces. En étudiant les situations conflictuelles, il s’agit d’analyser les processus de territorialisation et d’appropriation des différents acteurs dans l’espace public ainsi que la mobilisation de la notion de droit dans leurs revendications. Ainsi, quelles sont les nouvelles formes de territorialités qui émergent de ces conflits et de leurs modes de régulation formels ou informels ? Je m’intéresse ici particulièrement aux changements induits par la nouvelle législation.

Ma thèse implique une analyse géographique approfondie de la rue, dans sa dimension matérielle et symbolique. La rue, en tant modalité de mise en relation des lieux et des groupes sociaux, devient un micro-espace s’inscrivant dans des logiques spatiales à plusieurs échelles (A. FLEURY, 2004)[6]. Dans le cadre d’une étude sur les espaces publics, l’informel apparaît ici constituer un prisme pertinent pour analyser la tension entre l’aspect normatif de ces espaces et leurs modes d’appropriation divers. L’occupation informelle de l’espace public pose la question de la fabrication la citoyenneté et de la citadinité et interroge plus largement la notion de « droit à la ville » qu’il faut ici appliquer au contexte particulier des métropoles indiennes.



[1]Sharit K. Bhowmik, Hawkers in the Urban Informal Sector: A Study of Street Vending in Seven Cities, National Association of Street Vendors of India (New Delhi, 2000).

Sharit K. Bhowmik, Street Vendors in India: A study in Ten Cities, National Association of Street Vendors of India (New Delhi, 2011).

[2]Arvind Rajagopal, « The Violence of Commodity Aesthetics: Hawkers, Demolition Raids, and a New Regime of Consumption », Social Text 19, no 3 (2001): 91‑113.

[3]Swapna Banerjee-Guha, « Shifting Cities: Urban Restructuring in Mumbai », Economic and Political Weekly 37, no 2 (2002): 121‑28.

[4]Jonathan Shapiro Anjaria, « Street Hawkers and Public Space in Mumbai », Economic and Political Weekly 41, no 21 (2006): 2140‑46

[5]Marie-Hélène Zérah, « Middle Class Neighbourhood Associations as Political Players in Mumbai », Economic and Political Weekly XLII, no 47 (24 novembre 2007): 61‑68.

[6]Antoine Fleury, « La rue : un objet géographique ? », Tracés, no 5 (2004), http://traces.revues.org/3133.

EHESS
CNRS

flux rss  Actualités

Rencontre littéraire autour d'Amruta Patil

Rencontre - Mardi 27 juin 2017 - 18:00Le Diwan Wilson présente une Rencontre littéraire autour de l’artiste et écrivaine indienne Amruta Patil, auteure de trois romans graphiques.Amruta Patil sera en conversation, en anglais, avec Sneharika Roy (American University of Paris).La Rencontre littéra (...)(...)

Lire la suite

Raja Mandala : dans le cercle des rois

Colloque - Jeudi 08 juin 2017 - 09:00Ce colloque a pour objet la royauté comme paradigme des relations socio-politiques en Inde, et modèle du processus de « civilisation ».L’Inde et sa civilisation ont le plus souvent été appréhendées à travers l’institution des castes et le cadre conceptuel de (...)(...)

Lire la suite

Plus d'actualités

Centre d'Études de l'Inde et de l'Asie du Sud
UMR8564 - CNRS / EHESS

Attention nouvelle adresse!
54 boulevard Raspail
75006 Paris, France

Tél. : +33 (0)1 49 54 83 94

Communication :
nadia.guerguadj[at]ehess.fr

Direction :
dir.ceias[at]ehess.fr

 

La bibliothèque du CEIAS
Maison de l'Asie
22 avenue du Président Wilson 75016 Paris

Tél. : +33 (0)1 53 70 18 78

bibinde[at]ehess.fr

 

La collection Purushartha
54 boulevard Raspail
75006 Paris, France

purushartha[at]ehess.fr