Membres | Doctorant(e)s statutaires

Saama Govinda Gounden

Doctorant(e)
Discipline : Science politique
Institution(s) de rattachement : EHESS

Coordonnées professionnelles

v1v1l[at]hotmail.com

Directeur de thèse : Michel Boivin

École doctorale : EHESS – Études politiques

Année d’inscription : 2014

 


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La crise de la représentation politique et les nouvelles dynamiques de la participation collective à l’île Maurice

 

A la confluence de l’Asie et de l’Afrique subsaharienne, l’ile Maurice est selon les indicateurs du FMI l’une des économies les plus performantes et dynamiques de la région de l’Océan Indien. Après des années de stagnation, l’économie de Maurice connait un rebond d’activité et de diversification.  Le pays s’ouvre de plus en plus vers l’international de par une industrie touristique qui ne cesse de se réadapter aux demandes du marché et l’ouverture de lignes aériennes qui desservent la destination en vols directs. Cette ouverture passe aussi par le développement du secteur bancaire en proposant de multiples services et produits financiers allant de la domiciliation d’entreprise, l’investissement de capitaux, du conseil à l’offshore. Selon la directrice générale du FMI, Christine Lagarde, Maurice a toutes les capacités pour « se positionner en pôle africain » des activités bancaires transfrontalières. Bénéficiant de relations privilégiées avec l’Inde qui s’impose de plus en plus comme le partenaire de choix de Maurice tant en affaires que sur le plan diplomatique, Maurice tend à se positionner comme une passerelle d’avant-garde entre l’Asie et le continent africain. Pour autant, cette ouverture n’est pas sans conséquences. Dix ans après la crise financière de 2007, l’île Maurice n’est pas sortie indemne des bouleversements s’opérant à l’échelle de l’économie mondiale et malgré tous les efforts qui sont mises en œuvre, la récession et les à-coups inflationnistes frappent tant directement qu’indirectement l’économie locale. Autant de facteurs exogènes, qui associés avec les problématiques historiques aux fondements même de la société mauricienne, contribuent à mettre cette dernière en état de crise variable et généralisée. A l’image des grandes démocraties européennes et des États-Unis, l’île Maurice a connu depuis une dizaine d’années le renforcement et la résurgence de certains courants néo-populistes et d’une rhétorique politique plus ancrée dans le racolage électoral qu’autre chose. A cela il faut ajouter l’activation diasporique initiée par certains pays tels que l’Inde et qui renforce considérablement les problématiques sociales, politiques et économiques d’une société mauricienne qui n’assume pas encore l’entièreté et l’unicité de son identité commune. La mondialisation et la libéralisation des moyens de communication aidant, la société civile tente petit à petit de renouer avec le processus décisionnel de l’Étaten participant plus activement aux débats politiques dans des structures qui sont mises sur pieds à cet effet. Par ailleurs la multiplication des scandales politicofinanciers où se mêlent relations extraconjugales et clientélisme politique misent en lumière par une presse locale beaucoup plus libre et puissante qu’avant, ont eu pour effet d’accentuer et de mettre en reliefs les tensions qui sont sous-jacentes dans la société mauricienne. Les dernières élections générales de 2014 ont étaient le lieu de cristallisation de toutes les crispations sociales et des problématiques tant historiques qu’actuelles inhérentes au régime politique mauricien. Cela a donné lieu à une thématique de campagne qu’on a vu apparaitre ou réapparaitre à Maurice en 2014 ou encore plus récemment, en France, à savoir la moralisation de la politique. Portée comme la nouvelle ligne conduite annoncée au début du mandat du nouveau gouvernement, plus de trois ans plus tard, force est  de constater la mise en échec des initiatives qui ont été déployées en ce sens malgré les efforts financiers qui y ont été consentis. La transparence et la bonne gouvernance font aujourd’hui toujours autant défaut au régime politique mauricien qu’il y a 10 voire, 20 ans de cela. Toutefois, de par le relai fluidifié et quasi instantané des informations par les réseaux sociaux et une presse beaucoup plus tenace, la désaffection des jeunes pour la chose politique et l’échange et le débat sur la vie publique et les décisions prises par les dirigeants politiques, tend à se réduire progressivement. Les réseaux sociaux servent aujourd’hui d’espace public où le débat, qu’il soit d’ordre politique, sociale ou économique, redevient possible ; c’est aussi l’antichambre d’un engagement politique beaucoup plus concret et qui retranscrit tant bien que mal les aspirations ainsi que les craintes des jeunes quant à leur avenir propre et commun. Certes variable, l’échange sur des plateformes citoyennes dématérialisées a permis à beaucoup de mauriciens et de mauriciennes de s’affranchir d’une certaine crainte historique et transmise par les générations précédentes, des élites politiques et économiques. Cette désacralisation des dirigeants, qu’ils soient politiques ou économiques, n’est pour autant qu’à ses balbutiements et il reste un très long chemin à parcourir avant qu’il n’y ait véritablement un rééquilibrage des forces en action qui serait favorable et nécessaire à un exercice du pouvoir beaucoup plus inclusif et participatif à l’égard de la société civile. En soit, à l’image de ce que soutient Pierre Rosanvallon, ce n’est pas la démocratie en tant que principe qui est en crise mais bien son expression et sa pratique actuelle qui est celle de la représentation qui est en déphasage avec les aspirations libertaires d’une génération hyper connectée. De fait, la crise de la représentation est indissociable de la réappropriation de la politique, de l’espace public et de la notion même de citoyenneté. Dans ce même esprit, l’abstention, plus qu’un manque d’intérêt devient au contraire une forte expression de la liberté et un choix politique confirmée, plus encore, affirmatif. Ce parallélisme politique n’est pour autant pas cloisonné car la réflexion politique qui est menée en parallèle est amenée à influer sur le processus décisionnel de l’État en ouvrant des canaux de discussion et d’échange suffisamment résonants pour appuyer ou décrier les décisions du gouvernement, y compris les projets de loi ayant un potentiel de dérive possible ou ne servant pas forcement les intérêts de la nation. Au travers de mes travaux de recherche, c’est cette relation ambivalente de la crise de la représentation que je souhaite mettre exergue ; à savoir une représentation en crise et par conséquent, en constante réadaptation afin retrouver une forme d’équilibre. Il s’agit aussi de comprendre en quoi le régime mauricien diffère-t-il du néopatrimonialisme médardien tel que celui-ci peut être constaté sur le continent africain. Les institutions de l’État sont en crise car elles peinent devant le clientélisme à se rationaliser et se moderniser et ce malgré la présence de haut fonctionnaires qualifiés qui sont contraints de composer avec des nominés politiques très peu qualifiés. Pour autant, ces institutions fonctionnent et arrivent à fournir un service public de base même si des réformes adaptées seraient plus que nécessaires. Nous nous attacherons donc à comprendre et à mettre en lumière, les facteurs et les causes qui sont à la base d’une crise qui est autant structurelle que conjoncturelle ; la réforme du système électoral, le financement occulte des partis politiques, la structure et le fonctionnement des partis politiques, la formation des élites et leurs modes de perpétuation dans le temps, les enjeux en matière d’économie et l’importance grandissante de l’écologie dans ces espaces de réflexion, le rapport dichotomique des jeunes et des moins jeunes à la politique et comment ils participent d’une façon ou d’une autre à la politique et à la vie publique, sont autant de autant de pistes de réflexion nécessaires afin comprendre la crise ainsi que l’alternative à cette crise de la représentation à une époque où l’avancée exponentielle des nouvelles technologies tend à remettre en cause les modèles traditionnels ou historiques de gouvernement au profit d’un modèle beaucoup plus universel qui est celui de la gouvernance mondiale.  

 


Dernière mise à jour le 23 novembre 2017

 

 

 

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