Membres | Doctorant(e)s statutaires

Carina Gounden

Doctorant(e)
Discipline : Linguistique, Arts
Institution(s) de rattachement : EHESS

Coordonnées professionnelles

carina.gounden[at]gmail.com

Direction de thèse : Michel Boivin et Mathieu Claveyrolas

École doctorale : EHESS - Arts et langage

Année d’inscription : 2015

 

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Le communautarisme institutionnalisé et l'instrumentalisation des langues par le champ politique à l'île Maurice

 

Dès que l’on aborde le cas des pays plurilingues, c’est surtout l’histoire des conflits de langues et celle de la gestion de ces conflits qui donnent en général une idée des forces sous-jacentes à la structuration sociolinguistique du pays. Les débats sur les langues cristallisent en eux tous les défis auxquels une île comme Maurice se trouve confronter. C’est un lieu de retranchement pour les différentes communautés, l’un des derniers remparts pour défendre ce que l’un considère comme relevant de son identité, de son patrimoine culturel. Il y a une dimension psychologique, affective, liée à l’identitaire ; une langue nous aiderait parfois à nous situer dans le monde.

Entreprendre de lever le voile sur certains aspects de ce paysage sociolinguistique, généralement frappés de tabous, car protégés par le principe du « consensus négatif », c’est se donner les moyens de comprendre pourquoi nous faisons face à Maurice à une situation paradoxale du point de vue de la gestion des langues en présence. A travers ce travail de recherche, nous souhaitons mettre en exergue les rapports de force au sein de la société mauricienne qui s’articulent autour de la question des identités du point de vue de la créolité, de la caste, des communautés ethniques (multiculturalisme) et de l’émergence du mauricianisme (interculturalisme).

La question des langues pourrait sembler simple si elle restait figée. Elle se complique du fait du mouvement que lui infligent les rapports de force entre communautés. Il y a aussi l’idée que la promotion d’une langue au sein de l’Etat se fait forcément aux dépens d’une autre. Ce qui se joue en réalité est plus profond que cela car nous sommes à Maurice avec une Nation en devenir, qui est en constante négociation identitaire, oscillant entre mauricianisme et un esprit communautarisme ethno-religieux. Les langues à Maurice peuvent être considérées comme des "lieux de mémoire", ce qui rend leur gestion sensible et sujette à controverses. Cela explique pourquoi les politiciens ne s'y aventurent que très rarement ou que s'ils y voient un intérêt et une carte à jouer lors des campagnes électorales. C'est en effet un sujet très politique et très politisé. Les diverses langues plus ou moins pratiquées sur le territoire sont très intimement liées à l'identité ethno-religieuse de chacun et nous comprenons qu'avec un "communautarisme institutionnalisé" dans la Constitution (1968), ces marqueurs d'identité que sont les langues ont un poids considérable sur l'échiquier politique et requièrent un traitement et une attention particulière.

Le débat autour des langues à Maurice ravive les vieilles querelles entre les différentes communautés. Cette problématique est intimement liée à la défense de la culture des uns et des autres, ou plus précisément contre celle des autres et à Maurice, la culture ne va pas sans la religion et de ce fait les langues aussi. Nommer quelque chose ouvre la porte aux débats et aux contestations en tout genre. Les principaux obstacles sont d’ordre sociologique mais aussi psychologique. Une véritable politique linguistique ne sera possible que lorsque le peuple sera prêt. Les changements qui impacteront sur le domaine linguistique ne seront dans le fond qu’une conséquence ; lorsque les Mauriciens apprendront à vivre leurs Histoires, leurs origines comme une richesse et non comme un facteur qui permet de peser dans la balance politique. Une analyse profonde de la distribution et des attributions du pouvoir dans la société mauricienne serait nécessaire pour pouvoir prédire l’avenir des langues à Maurice et l'idée que les Mauriciens se feront(les perceptions) des langues dans le futur. La présente situation freine par ailleurs le développement du créole et elle empêche le processus qui permettrait la valorisation d’une identité nationale mauricienne, supra-ethnique, qui transcenderait les divisions présentes, basées sur l'ethnicité et qui s’expriment de façon symbolique à travers la langue-emblème.

 

 

 

Dernière mise à jour le 21 novembre 2017

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