Ateliers thématiques | Les équipes du quadriennal 2010-2013

TERAS - Territoires du religieux en Asie du Sud : échelles, circulation, réseaux

Coordination : Mathieu Claveyrolas (CNRS) et Rémy Delage (CNRS)

Le carnet de recherche de l’équipe TERAS : http://teras.hypotheses.org/

Présentation

 

L’ambition de cet axe de recherche est de rassembler des chercheurs (historiens, anthropologues ou géographes) partageant les problématiques liées à l’articulation entre territoires, lieux saints et circulations religieuses.

Les lieux saints et les pèlerinages en Inde ont fait l’objet de nombreuses ethnographies, souvent sous forme de monographies individuelles et, plus rarement, selon une approche pluridisciplinaire. Pourtant, ce champ de recherche présente des lacunes à différents niveaux, que cet axe de recherche contribuera à combler. Tout d’abord, le territoire a rarement été mobilisé comme concept structurant de l’analyse anthropologique : à la suite de Louis Dumont (1966) notamment, les études du monde indien lui ont souvent conféré un statut subordonné à l’idéologie de caste et au système de parenté (Berti & Tarabout, 2008). Ensuite, la dimension circulatoire de phénomènes religieux tels que la procession, le pèlerinage et le tourisme vernaculaire gagnerait à être reliée au concept territorial pour contribuer à l’étude des processus de formation des identités collectives. Enfin, la domination de l’hindouisme dans la production d’études religieuses en Asie du Sud n’a laissé que trop peu de place à l’analyse des lieux de culte et des pèlerinages musulmans ou chrétiens, par exemple.

L’ancrage territorial du religieux ne peut être étudié séparément des différents modes d’organisation sociale (castes, parenté) et spatiale (divisions administratives héritées de la colonisation et catégories vernaculaires de l’espace géographique). On s’attachera notamment à rendre compte des différentes échelles articulant les territoires du religieux (logiques des substituts, répliques singulières et locales de l’universel) comme autant de modalités de construction d’un territoire unique et de sa mise en relation. De plus, le lieu saint, s’il est la condition de la communication des hommes avec le divin (dieux, prophètes, saints), peut également être envisagé comme une figure de rhétorique du territoire (Debarbieux, 1995), ouvrant ainsi sur la représentation d’espaces plus vastes et permettant de mieux rendre compte, par exemple, les représentations religieuses des territoires nationaux. On étudiera ainsi comment les lieux de culte soufis sont devenus au Pakistan, avec la politique de nationalisation des sanctuaires et leur instrumentalisation par les gouvernements successifs, des vecteurs privilégiés d’intégration nationale. De même pourra-t-on s’intéresser à l’émergence, en Inde, du culte rendu dans les temples de Mère Inde (Bharat Mata) en tant que lieux d’exaltation de la mémoire nationale, une rhétorique largement réappropriée par les mouvements nationalistes hindous. Ainsi, au-delà du jeu d’échelles entre le local et le global et de leur fonction de support de l’activité rituelle, les lieux de pèlerinage voient s’articuler des discours concurrents (Eade & Sallnow, 1991), de nature religieuse mais aussi séculière. L’étude des lieux multiconfessionnels permettra alors de comprendre comment, dans un contexte de durcissement des relations entre religions dominantes et minoritaires, chaque communauté développe (et a développé) une conception particulière du territoire selon des critères au moins en partie religieux. Citons par exemple le site de pèlerinage chrétien de Velankanni au Tamil Nadu, dédié à la Vierge Marie sous le nom de « Notre Dame de la Bonne Santé », et dont la capacité miraculeuse à régler les problèmes de fertilité attire également de nombreux hindous de basse caste. Ou encore celui de Sehwan Sharif au sud du Pakistan, impliquant aussi bien des musulmans que des hindous, des chrétiens ou des parsis, dans la gestion des rituels et des activités liés au culte d’un saint soufi. Dans le cas des lieux saints partagés par hindous et musulmans, on peut faire l’hypothèse que c’est précisément l’accumulation-superposition de lieux investis du religieux qui donne sens au territoire, local et/ou national. En impliquant la mise en relation de fidèles de religions différentes, sur le mode de la confrontation et de la coopération, ces lieux participent au positionnement des uns par rapport aux autres.

Le pèlerinage est un phénomène circulatoire permettant de relier les lieux saints entre eux sur de plus ou moins longues distances (Sopher, 1968). Différentes catégories d’individus (marchands, travailleurs, ascètes, pèlerins, migrants) participent à l’animation d’un territoire que l’on qualifiera alors de circulatoire et cosmopolite, et dont les lieux constituent les nœuds. D’un côté, la circulation pèlerine renvoie à l’idée de voyage, une expérience particulière du mouvement dans l’espace et le temps. À l’échelle d’un individu ou d’un groupe, la pratique du pèlerinage contribue, par hypothèse, à la modification du rapport sensible au territoire, puisqu’elle implique le franchissement de frontières (culturelles, linguistiques) plus ou moins visibles. Elle peut être tout à la fois facteur d’identité dans le rapport à l’altérité, d’émancipation et de changement de statut social. D’un autre côté, les pèlerinages participent à la reconstruction du territoire (local, régional ou national) et, plus largement, à la réorganisation de la géographie des flux migratoires. Ainsi la massification du pèlerinage à Sehwan Sharif au cours des dernières décennies, parallèlement au mouvement de revendication par des groupes chiites de la filiation historique au saint soufi qui y réside, fonde-t-elle l’hypothèse selon laquelle ce centre est un relais émergent de la géographie des pèlerinages chiites dans le monde musulman. Du côté de l’Inde et de l’hindouisme, l’idée de la consubstantialité de la religion au territoire indien n’a pas uniquement servi la revendication politique ; elle est aussi source de dilemme pour l’exportation de l’hindouisme : que devient le territoire religieux hindou hors de l’Inde ? Peut-on vivre en « bon hindou » si l’on quitte le territoire indien ? Comment un territoire hors de l’Inde (un temple à l’Île Maurice, par exemple) peut-il être « hindou » ? Quel rôle la diaspora tient-elle dans la construction d’un espace religieux transnational ? Aussi bien pour les hindous que pour les musulmans, la géographie des pèlerinages en Asie du Sud gagnerait donc à être étudiée en rapport avec la dynamique des migrations internationales.

Autant de pistes pour explorer les liens entre territoires du religieux, organisations sociales et identités collectives, en étudiant les pratiques et représentations de l’espace géographique attachées à un lieu saint ou un pèlerinage. Selon les cas, seront privilégiées l’étude monographique (histoire de vie, lieu saint, site de pèlerinage, localité), l’étude des réseaux ou des circulations (pèlerinages et migrations, par exemple) et/ou les points de vue historique et textuel.

Séminaires et activités de l’équipe

26 mars 2013 :           

18 octobre 2012 :    

14 juin 2012 :    

9 février 2012 :            

29 septembre 2011 :            

24 mai 2011 :      

25 janvier 2011 :   

  

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