Ateliers thématiques | Les équipes du quadriennal 2010-2013

~ Représentations et pratiques de la citoyenneté

Coordination : Stéphanie Tawa Lama-Rewal (CNRS), Christophe Jaffrelot (CNRS, CERI)

 


Présentation

 

Cette équipe est organisée autour de trois sous-groupes thématiques, destinés à structurer notre réflexion collective autour du concept très large de citoyenneté.


Les musulmans et la citoyenneté en Inde

Coordination : Christophe Jaffrelot


La Constitution indienne — à travers l’article 15(1) notamment — considère chaque Indien comme un citoyen sur un pied d’égalité et dénonce toute discrimination — en particulier sur la base de la religion. Les minorités sont même dotées - à certains égards - d’un statut privilégié puisqu’elles peuvent, en vertu de l’article 28, créer des écoles confessionnelles susceptibles d’être subventionnées par l’Etat. Ce « deux poids deux mesures » — qui se traduit aussi par la reconnaissance des Lois personnelles comme sources de droit, a été à l’origine d’un retour de flamme politique, les nationalistes hindous dénonçant le « pseudo-sécularisme » d’un Etat dont la ligne de conduite était dictée par les minorités. Ce discours a acquis une crédibilité sans précédent après l’affaire Shah Bano de 1985 qui a servi de rampe de lancement au mouvement Hindutva.


Un quart de siècle plus tard, après des dizaines d’émeutes intercommunautaires — parfois en forme de pogromes anti-musulmans comme au Gujarat en 2002 -, les Musulmans de l’Inde apparaissent sous bien des aspects des citoyens de seconde zone. Le Rapport du Comité Sachar a montré combien ils avaient perdu du terrain en termes éducatifs et socio-économiques. Et nombre d’études suivant la méthode du « testing » ont révélé que cette minorité était victime d’une réelle discrimination sur le marché du travail.


Ce groupe de recherche s’intéressera d’abord à la place des Musulmans dans plusieurs villes de l’Inde. Dans certaines d’entre elles — comme Bhopal — ils ont joué un rôle dominant du fait de la nature des dynasties qui y ont régné jusqu’en 1947. Dans d’autres, — comme Ahmedabad qui a fait rapidement partie de l’Inde britannique - ils ont joué un rôle moins politique qu’économique. Mais dans chacune d’entre elles ils occupaient une place de choix jusqu’aux années récentes. Où se trouvent-ils aujourd’hui, tant en termes sociaux que géographiques ? Nos travaux porteront à la fois sur la place des Musulmans parmi les élites locales à travers l’étude (d’un point de vue quantitatif) de sites tels que le conseil municipal ou la chambre de commerce et sur la façon dont les Musulmans d’un quartier se perçoivent dans leur rapport au reste de la cité (la méthode, ici qualitative, sera basée sur des entretiens dans un ou deux quartiers représentant un « ghetto » ou une zone mixte).


Une telle analyse devrait nous permettre de mieux cerner les formes de la citoyenneté qui s’appliquent désormais aux Musulmans en Inde.

 

La fabrique partisane des citoyens en Asie du Sud

Coordination : Nicolas Jaoul


Ce groupe de travail s’intéressera à la façon dont la citoyenneté est invoquée et réinventée dans la pratique des mouvements contestataires en Asie du Sud, donc comment le monopole théorique de production des citoyens par l’Etat est contesté et réapproprié par des organisations politiques . Quels modèles et pratiques de citoyenneté ressortent de mouvements politiques en marge de l’Etat, quels sont les liens entre militantisme et citoyenneté, comment ces modèles alternatifs redéfinissent-ils ou retravaillent-ils le modèle officiel de la citoyenneté, qui est celui de l’Etat ?


A partir d’une ethnographie de la participation et d’analyses de contenu des productions symboliques des organisations étudiées (pamphlets, tracts, imagerie, etc), il s’agira par exemple de travailler sur la façon dont la notion de citoyenneté peut être mobilisée et redéfinie de façon à la fois théorique et pratique dans des mouvements comme le gandhisme, l’ambedkarisme, le nationalisme hindou On pourra également s’intéresser à des courants politiques clandestins comme les maoïstes et d’autres luttes armées séparatistes, où la citoyenneté est davantage envisagée comme une rupture, conçue comme modèle théorique pour l’« après », mais aussi mise en œuvre de façon plus pratique dans le présent, dans les formes de participation à la lutte. Dans chacun de ces cas, on pourra s’interroger sur les différents régimes de citoyenneté véhiculés par l’engagement dans l’action militante/armée, l’image et le rôle politique du peuple qui sont véhiculés, plus ou moins passif ou émancipé, ainsi que sur le rôle assigné aux élites et aux intellectuels. La participation des femmes dans des milieux partisans et militants encore très masculins et les possibilités de subvertir ces normes implicites de citoyenneté, de même que les tentatives au sein d’organisations de la diaspora de redéfinir une citoyenneté NRI, devront également être abordés comme révélateurs d’une créativité depuis les marges capables de générer des transformations significatives.


Dans une perspective comparatiste, il faudra également se poser la question de la spécificité (ou non) de ce phénomène de réappropriation partisane de la fabrique des citoyens en Asie du Sud par rapport à d’autres régions du monde.

 

Citoyenneté et urbanité

Coordination : Stéphanie Tawa Lama-Rewal


Ce sous-groupe s’intéressera à la ville comme site d’expression privilégié de la « société civile » telle que décrite par P.Chatterjee par opposition à la « société politique ». Trois éléments font en effet de la ville, et plus précisément des grandes villes, un lieu de production d’une citoyenneté dont il conviendra de déterminer en quoi elle est nouvelle :

  • Les grandes villes sont le lieu de résidence privilégié de la « nouvelle classe moyenne » décrite par L.Fernandes, caractérisée à la fois par un fort abstentionnisme électoral et par une grande capacité d’expression dans l’espace public, que ce soit à travers son accès à la presse, aux tribunaux, où à travers les associations de quartier. Ces catégories socio-économiques s’emparent de la notion de « citoyen », peu utilisée par les partis politiques, pour revendiquer des droits vis-à-vis de l’Etat, en arguant du fait qu’elles remplissent leur devoir — en payant leurs impôts (la citoyenneté est ainsi fréquemment définie en termes fiscaux).
  • Les villes (en Inde du moins) sont aussi les lieux d’expérimentation de dispositifs participatifs (ALM à Mumbai, BATF à Bangalore, Bhagidari à Delhi) qui font grand cas des « groupes de citoyens » invités à participer à des consultations, voire à la co-production de certains services urbains. Ici encore, ces dispositifs se construisent souvent hors — et/ou contre —des partis politiques, tout en s’inscrivant dans un discours sur la démocratie et la nécessité de l’approfondir.
  • L’espace urbain est l’enjeu d’une lutte intense entre différents acteurs, différentes catégories : classes moyennes Vs habitants des bidonvilles, résidents Vs petites industries, urbains Vs migrants ruraux etc. Dans cette lutte pour le droit à la ville, la citoyenneté est un idéal qui justifie l’inclusion des uns et l’exclusion des autres.


La riche littérature théorique sur les rapports entre citoyenneté et citadinité (outre les auteurs déjà cités, on peut mentionner H.Lefèbvre, M.Purcell, C.Neveu, G.Mahajan, M.Castells, S.Deshpande) pourra être mobilisée pour penser les relations entre ces trois dimensions dans les villes d’Asie du Sud dans une perspective interdisciplinaire.

 

Séminaires et activités de l’équipe

 

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